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Une oeuvre-somme et un temoignage historique

LA FILLE DU PUISATIER tient une position exceptionnelle dans la cinématographie française parce qu’il traite d'un événement au moment où il se déroule. Le tournage fût interrompu pendant l’été 1940 à cause de l’exode et parce que certains collaborateurs étaient mobilisés. Pour pouvoir engager Fernandel qui n’avait pas le droit de quitter la caserne, Pagnol lui procura une permission exceptionnelle de dix jours. Sachant l’engagement prévu de Fernandel, Raimu demanda un contrat de 300 000 F et la tête d’affiche. Le rôle principal était joué par Josette Day. Sur la demande du service cinématographique des armées de soutenir un rapprochement franco-italien, Pagnol rebaptisa le nom du personnage principal de Patricia Amour à Amoretti.

L’ordre interdisant d’attrouper plus de cinq personnes sur un seul endroit compliquait le tournage. L’ambiance sur le plateau ne correspondait plus à celle d’avant guerre. Pagnol réfléchissait à changer le titre du film en La Fille perdue, mais, finalement, il l’abandonna. L’équipe recommença des travaux le 13 août 1940. La guerre ne cessait de s'inviter dans le film, la bande de son enregistra deux authentiques coups de canon dans une séquence. Entre outre, Pagnol intégra le discours de Maréchal Pétain annonçant l'armistice à la radio le 17 juin 1940. Absent du film d’Auteuil, qui gomme par là le poids de la guerre sur les esprits et la dramaturgie, le discours de Pétain ne figurait pas non plus dans le scénario original de Pagnol. Or, comme il fut prononcé pendant le tournage, le cinéaste provençal décida de l’intégrer in extenso dans son film et ainsi de livrer un témoignage du désarroi général qui s’empara de la population à ce moment-là. «On a perdu la guerre. Pourquoi nous avons été battus si vite ?» demande Pascal. «Je ne comprends pas» rétorque M. Mazel. Cette scène de défaite autour de la T.S.F. scelle la réconciliation des familles qui vont voir naître leur enfant. Les rancunes et les querelles domestiques sont oubliées sur le champ (de l’honneur, pourrait-on dire). De quel poids pèse en effet l’honneur bafoué des individus quand une nation entière a le sentiment amer d’être humiliée ? Après la Libération, il le remplaça par un discours du général de Gaulle. Une phrase de la dernière scène « …les morts des batailles perdues sont les raisons de vivre des vaincus » valu au film d'être retiré de l’affiche des cinémas sur l’ordre de la Kommandantur quelques jours après la première parisienne le 24 avril 1941. Heureusement, prévoyant un problème, Pagnol avait fait la présentation publique le 20 décembre 1940 au cinéma Pathé Palace à Lyon et il projeta le film à Toulouse, à Marseille et à Montpellier avant de le faire sortir à Paris. Malgré tout cela, le film ne fit pas une carrière remarquable. Pourtant, Pagnol créa un film quasi-documentaire qui témoignait d’une « drôle de guerre » et qui assumait « …avec lucidité la ruine des illusions d’une communauté. » LA FILLE DU PUISATIER est une œuvre-somme qui, après toutes les ruptures qui déchirent ses personnages de cinéma, s’achève par l’image de la famille, parents et enfants, réconciliée. Une œuvre qui reprend la plupart des thèmes présents dans l’œuvre de l’académicien.

Citations : Jelot-Blanc J-J., Pagnol inconnu, Paris, 1998

Un Témoignage historique de la guerre

 

ACTIVITES EN CLASSE

Puits et puisatier

Pascal Amoretti et son ouvrier Felipe sont puisatiers. En Provence, qui plus est, une région où la question de l’eau est cruciale. On commencera par expliquer les conditions et les enjeux de cet ancien métier de puisatier, quasiment disparu en France aujourd’hui. On fera mention des outils (pic, pioche, barre à mine, martelette…), de l’usage d’explosifs pour entamer les roches les plus dures et du façonnage (maçonnerie) du puits. Chargé non seulement de faire jaillir l’eau des sources naturelles de terre, le puisatier est souvent amené à curer, consolider ou remettre en état un vieux puits abandonné pour lui redonner vie, le «ressourcer». On dira l’importance du travail du sourcier, chargé de découvrir à l’aide d’une baguette (ou d’une montre) la présence d’eau sous terre ou de vérifier, dans le cas d’un puits à curer, s’il est toujours alimenté en eau. On insistera sur la valeur symbolique du métier, et du puits qui revêt dans toutes les traditions un caractère sacré.

On pourra encore étudier le film dans le cadre d’une activité interdisciplinaire (Sciences naturelles, Géographie…) prenant pour fil conducteur le thème universel de l’eau comme source de vie, lequel occupe une place importante dans l’œuvre de Marcel Pagnol (Jean de Florette, Manon des sources, deux romans réunis sous le titre générique de L’eau des collines).



Ressources :

Puisatier sur Wikipédia (petit article) 

-Puisatier moderne (sites professionnels) : http://www.puisatier.fr/ ; http://le-puisatier.fr/

Avenir du métier de puisatier

Avenir du puisatier (vidéo) 

Sourcier sur Wikipédia 

Sourcier expliqué  

Sourcier (vidéo)